Grande inquiétude face au déclin des insectes

Depuis plusieurs années déjà, la disparition des abeilles inquiète aussi bien les apiculteurs que les consommateurs, de plus en plus sensibles à la pollution des cultures et aux conséquences sur la santé et l’écosystème. Mais il ne s’agit là que de la partie émergée de l’iceberg. Une enquête scientifique internationale menée depuis 1989 dans les zones protégées d’Allemagne et publiée en octobre 2017 dans la revue Plos One révèle un « déclin dramatique des insectes volants de 76 % en moyenne, et jusqu’à 82 % au milieu de l’été ». Des résultats similaires ont été constatés par des équipes de chercheurs du CNRS et de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), qui observent depuis les années 1990 l’évolution de la biodiversité et des  chaînes alimentaires sur des zones agricoles au sud de Niort (Deux-Sèvres). « On a constaté en 25 ans la disparition de 80 % des insectes terrestres, type coléoptères », souligne Vincent Bretagnolle, directeur de recherche au CNRS. D’autres espèces seraient également menacées. « Toutes les études convergent : on assiste à une diminution extrêmement forte et rapide à la fois des effectifs d’insectes et de nombreuses espèces », résume Jean- Philippe Siblet, directeur du service du patrimoine naturel au Muséum national d’histoire naturelle.
Le monde des insectes est vaste. Nous n’en connaissons qu’une infime partie et chez le consommateur lambda, ils provoquent bien souvent l’indifférence, voire la répulsion, plutôt que la compassion. Pourtant, le rôle des insectes est primordial pour la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes. À titre d’exemple, les nécrophores enterrent les cadavres des petits mammifères et contribuent à enrichir le sol ; sans les coprophages, qui décomposent les bouses de vache ou les crottes de mouton, ces dernières recouvriraient les champs, empêchant l’herbe de repousser. En outre, les insectes font partie de la chaîne alimentaire et constituent notamment la base de l’alimentation des oiseaux, qui eux-mêmes connaissent un déclin spectaculaire (d’après le STOC – Suivi temporel des oiseaux communs – la moitié des alouettes et 95 % des perdrix grises auraient ainsi disparu en trente ans). Le constat est d’autant plus inquiétant que nous ne disposons pas d’informations suffisantes sur certaines espèces, comme les mouches, les mites, les vers de terre…
Pour les spécialistes ayant étudié ce phénomène, plusieurs causes sont possibles. Il y a le réchauffement climatique, mais pas seulement. L’intensification de l’agriculture a entraîné une modification significative du paysage : disparition des prairies, murets, mares, haies… dans lesquels les insectes s’abritaient ou se reproduisaient. Il y a également l’utilisation massive d’intrants chimiques : les pesticides et insecticides qui les tuent directement ; les herbicides qui éliminent la  flore et les plantes dont elles se nourrissent.
Pour Vincent Bretagnolle, la disparition des insectes n’est pas une option : « On ne peut pas imaginer un monde sans insectes. C’est comme si on tentait d’imaginer un monde sans air. Car sans insectes, il n’y a plus d’écosystème, plus de nature. ». Si le changement climatique est un enjeu crucial, les spécialistes mobilisés sur ces différentes études sont unanimes : il faut nous concentrer sur ces phénomènes aux conséquences plus immédiates qui nous entourent et agir vite…

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