Amiante : la majorité des établissements scolaires construits avant 1997 en contiennent

Le quotidien Libération s’est procuré un fichier interne aux services de l’Éducation nationale recensant les écoles, collèges et lycées publics et privés contenant de l’amiante, matériau dangereux pour la santé. Près de 20 000 établissements, soit un tiers du parc scolaire français, ont répondu à cette enquête, réalisée par l’Observatoire national de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement (ONS). Cette étude de 2016, bien que non exhaustive, est donc représentative. L’ensemble des données collectées sont consultables en ligne via un outil élaboré par Libé Labo, la cellule data du journal.

Les résultats de cette enquête révèlent que  « la grande majorité des établissements construits avant 1997, date de l’interdiction de l’amiante en France, en contiennent toujours… Soit  80 % des lycées professionnels, 77 % des lycées généraux et technologiques, 73 % des collèges et 38 % des écoles ». Tant que les fibres toxiques sont calfeutrées, il n’y a pas de danger pour la santé. Mais la détérioration des bâtiments avec le temps, ou la conduite de petits travaux (percer un mur, tirer des câbles dans les faux plafonds) sans précautions particulières, augmentent les risques d’exposition. D’ailleurs, selon une étude de Santé Publique France, une vingtaine de professeurs et personnels des écoles contractent chaque année un mésothéliome pleural, cancer de l’amiante.

L’enquête met également en évidence l’application partielle de la législation relative à l’amiante. Depuis 2001, les établissements scolaires doivent obligatoirement faire l’objet d’un diagnostic amiante qui permet de savoir avec précision où se trouve le matériau dans le bâti. Ce diagnostic doit d’ailleurs être consulté par les artisans et agents de maintenance avant toute intervention. Or, de nombreux directeurs d’établissement n’ont « jamais eu connaissance d’un tel document » et « 65 % n’ont pas le diagnostic à disposition dans leur bureau » alors que la loi l’exige. Et lorsqu’un dossier technique amiante (DTA) existe, celui-ci est rarement actualisé. Le droit impose pourtant sa mise à jour tous les trois ans pour vérifier l’état de vétusté des installations. Il apparaît même que « 745 DTA prescrivent la nécessité de faire des travaux qui sont en attente depuis parfois dix ans ». Des travaux ont pu être effectués depuis 2016, mais Jean-Marie Schléret, président de l’ONS, déclare : « D’expérience, les choses évoluent très lentement. La situation doit donc être sensiblement la même aujourd’hui ». En effet, les responsabilités des autorités face à ce danger sanitaire dans les établissements scolaires « se diluent dans le classique jeu de ping-pong entre les collectivités territoriales [en charge de l’entretien du bâti] et le ministère de l’Education nationale, qui a le devoir d’assurer la protection de ses agents et des élèves ». Aussi, dans le champ de l’enquête « apporter une précision », beaucoup de chefs d’établissements font état de leur impuissance suite à de « multiples relances auprès de leur collectivité, qui peut seule décider de la réalisation de travaux ».

_

À retenir :

  • Une étude de 2016, tout juste publiée, révèle qu’une très grande majorité des établissements scolaires construits avant 1997 contiennent de l’amiante. Une carte en ligne permet de savoir si les établissements proches de chez vous sont concernés.
  • Si un diagnostic amiante des établissements est obligatoire depuis 2001, celui-ci n’est pas toujours effectif. Quand il existe, il apparaît que dans 70 % des établissements, il n’a pas été actualisé depuis plus de trois ans, contrairement à ce que prescrit la législation. De plus, dans de nombreux cas, si le diagnostic révèle que des travaux sont à effectuer pour limiter le risque d’exposition à l’amiante, ils n’ont pas été réalisés.
Partager