Alimentation : Changement de régime !

Le réchauffement climatique pourrait bien affecter notre assiette ! Certains aliments verraient leur goût altéré, quand d’autres deviendraient plus rares et plus chers… Que mangera-t-on demain ?

Le réchauffement climatique bouleverse les écosystèmes, ce qui risque d’avoir un impact significatif sur notre régime alimentaire. Quatre facteurs ont été identifiés par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) comme affectant la capacité productive des écosystèmes :
– L’augmentation moyenne des températures ;
– Des phénomènes climatiques aggravés. L’évolution du climat modifie la fréquence, l’intensité, la répartition géographique et la durée des événements météorologiques extrêmes (tempêtes, inondations, sécheresses) ;
– La modification des cycles biogéochimiques (augmentation des concentrations en dioxyde de carbone (CO2) et ozone (O3) ;
– Les pertes dues aux ravageurs, maladies et mauvaises herbes.

La production agricole subit déjà des impacts liés au changement climatique. D’après une revue publiée dans les compte-rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS), les récoltes de fruits et légumes pourraient être diminuées de plus de 30 % en moyenne si le réchauffement climatique se poursuit à son rythme actuel. Pommiers, pêchers, abricotiers, amandiers et noisetiers… tous les arbres fruitiers seraient impactés par la hausse moyenne des températures.
En temps normal, après une période de repos hivernal, au printemps, quand l’air se réchauffe et que les jours rallongent, les arbres sont programmés pour bourgeonner. Or, avec le changement climatique et les hivers souvent plus doux, les arbres omettent d’hiberner et donc ils ne fleurissent pas. Résultat : pas de fleur, pas de fruit, ni de noix !

Des agriculteurs en détresse

Les agriculteurs s’inquiètent également du manque d’eau. Les sécheresses persistantes et canicules mettent à mal l’élevage. Les éleveurs en Lorraine et dans les Vosges ont notamment beaucoup souffert en 2019. Dans les Vosges, il manquait en moyenne 60 tonnes de fourrage par élevage. La production de lait diminue aussi avec l’augmentation des températures, les bovins supportant mal les fortes chaleurs. Les éleveurs seront contraints de choisir des races bovines plus résistantes à la chaleur, qui ne garantissent peut-être pas la même qualité et quantité de viande. Idem pour le porc et la volaille. Du fait de la rareté des bons produits, les prix du lait et la viande risquent d’augmenter.

Besoin d’innover

Bonne nouvelle : d’autres produits pourraient bien s’imposer dans la région Grand Est, comme le melon en Alsace. Certains agriculteurs sont précurseurs comme Martin Wilt à Saessolsheim, qui a mis en terre 10 000 plants en 2019, pour sa deuxième année de production. Tous plantés à la main, sans produits chimiques ! Il ne faut toutefois pas chercher à comparer les saveurs avec les melons du sud de la France. Véronique Steinmetz, directrice de la coopérative de Hoerdt, les “Jardins du Ried“ précise : « Il faut bien que les consommateurs sachent que ce ne sont pas les mêmes melons que les charentais ou les Cavaillon : le melon d’Alsace est plus ferme, il a ses propres subtilités de saveurs, il est bien de notre terroir. Il ne faut pas chercher à comparer ». Par ailleurs, les produits du terroir, que l’on a l’habitude de consommer aujourd’hui, ne seront probablement plus les mêmes demain. Le manque de précipitations peut par exemple réduire la taille du chou à choucroute. Les fortes chaleurs entraînent quant à elles le recroquevillement des feuilles de la plante. Les prévisions 2020 ne sont guère optimistes. Le comité départemental sécheresse s’est réuni début juillet et a indiqué que les indices d’humidité des sols sont « largement en dessous de la normale » et que le niveau de la nappe phréatique d’Alsace est à la baisse… La sécheresse cette année semble déjà s’amorcer. Quel avenir pour nos spécialités gastronomiques ? Choucroute, backeoffe, potée Lorraine… seront-elles toujours dans nos assiettes ?


Un vin plus fort

Vous avez certainement remarqué que les dates des vendanges ont avancé ! Traditionnellement en septembre, elles commencent dorénavant plutôt mi-août, ce qui n’est pas sans conséquence sur la vigne.
“La vie de la vigne démarre de la fin de l’hiver jusqu’en octobre. Si les hivers sont plus doux, la plante va démarrer plus tôt. Et en cas de rechute des températures, ça peut être destructeur“, explique Jean-Marc Touzard, directeur de recherche à l’INRA, Institut national de la recherche agronomique de Montpellier.
Le mercure ne sera pas le seul à monter, le taux d’alcool dans le verre également ! La hausse des températures augmente le taux de sucre et donc le taux d’alcool. La chaleur peut aussi réduire les tanins et l’acidité, et donc changer le goût d’un vin.
L’augmentation des températures, c’est aussi le chaos météorologique et l’apparition plus fréquente d’événements climatiques “extrêmes“ : tornades, gels, canicules… Des conditions qui peuvent détruire des vignobles plus vulnérables.
Aux difficultés climatiques s’ajoutent les difficultés économiques liées à la crise sanitaire. Les viticulteurs n’ont pas pu écouler leur stock durant le confinement. Pour soutenir la filière, l’OPABA/Bio en Grand Est (syndicat des producteurs bio alsaciens) propose sur son site Internet d’effectuer des commandes de vins bios auprès de 30 vignerons locaux.

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