A compter de novembre 2029, le renouvellement du permis de conduire sera conditionné à une visite médicale, dont les modalités restent à déterminer. Le magazine « 60 millions de consommateurs » fait le point sur cette réforme.
Les directives 2025/2205 et 2025/2206 du 22 octobre 2025 édictent de nouvelles règles en matière de permis de conduire, dans le sillage de la stratégie « Vision Zéro » de la sécurité routière, destinée à mettre fin à tout décès ou blessure grave résultant d’accidents sur les routes et rues. Un objectif ambitieux dans la mesure où, à l’heure actuelle, la France dénombre 3 000 décès et 15 800 blessés graves en un an, selon les chiffres de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière. Parmi le pack de mesures européennes, certaines sont déjà en œuvre sur notre territoire, comme le permis probatoire ou la conduite accompagnée…
L’une des mesures phare est la fin du permis à vie. Bien qu’en France sa validité soit désormais de 15 ans (elle passera à 10 ans en 2029), le magazine « 60 millions de consommateurs » note que son renouvellement est pour l’heure purement administratif. Une exception au sein de l’Union européenne où de nombreux pays ont déjà instauré un contrôle médical obligatoire, plus ou moins espacé selon l’âge.
Des milliers de conducteurs français déjà concernés
De leur côté, les associations d’usagers, telles que « 40 millions d’automobilistes » ou la « Ligue de défense des conducteurs » (LDC), s’opposent farouchement à cette mesure. Leur influence semble avoir payé puisque la directive laisse la possibilité à chaque État membre de remplacer la visite médicale par une autoévaluation. Il semblerait que le manque de médecins motive cette décision, mais en France, le contrôle médical auprès d’un médecin agréé est déjà en vigueur pour plusieurs catégories de conducteurs :
– Les professionnels (conducteurs de poids lourds, d’ambulances, de transports en commun, de taxis, VTC…), qui sont soumis à un examen tous les 5 ans jusqu’à 60 ans puis plus rapproché par la suite ;
– Les conducteurs dont le permis a été suspendu, invalidé ou annulé, ou qui font l’objet d’une convocation à la suite d’un signalement à la préfecture (souvent de la part d’un proche qui dénonce un parent âgé devenu dangereux au volant et refusant toute mesure alternative) ; – Les personnes concernées par une affection médicale figurant sur une liste qui est fixée par un arrêté du 28 mars 2022, semblable à celle annexée à la nouvelle directive européenne.
Pour cette dernière catégorie, le magazine indique qu’il est facile d’y échapper par ignorance. Bien que le médecin ait l’obligation de renseigner son patient (et de prouver qu’il a fourni l’information), c’est ensuite au patient de faire la démarche. Or certains s’y soustraient, ou ne déclarent pas certains de leurs symptômes, de peur de se voir retirer leur permis. En effet, outre l’examen de la vue, de l’audition, de la force ou de l’équilibre, le contrôle médical repose à ce jour en grande partie sur du déclaratif.
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Attention aux arnaques en ligne
En somme, la nouvelle directive ne fait qu’étendre à l’ensemble des conducteurs un contrôle déjà en vigueur pour une partie d’entre eux, avec des intervalles plus réguliers à partir de 65 ans. Elle a également le mérite de délester les proches du dilemme de la délation d’un proche qui, bien qu’elle relève de la responsabilité partagée, choque de nombreuses personnes.
La visite médicale auprès d’un médecin agréé est facturée actuellement 36 €, non remboursés. Attention aux arnaques en ligne qui proposent des rendez-vous moyennant finances : les préfectures proposent des interfaces gratuites et il est également possible de réserver sur Doctolib.
Qu’adviendra-t-il des éconduits du permis ?
En revanche, rien n’est précisé quant aux mesures à prendre pour les « éconduits de la route », qui pourraient représenter un tiers de la population selon le Forum Vies mobiles. Or il est nécessaire d’anticiper l’organisation des déplacements des personnes après le retrait de leur permis. Une responsabilité qui incombe en partie aux collectivités qui devront mieux penser leur système de mobilité et communiquer largement sur les alternatives proposées. Le durcissement des règles entraînera peut-être aussi un détournement des restrictions avec une multiplication des voiturettes sans permis, prédit « 60 »…
