Selon un rapport de l’association Zero Waste France, les industriels de l’emballage plastique ont dépensé près de 20 fois plus que les ONG dans le lobbying auprès des élus français. Ainsi, des millions d’euros auraient été engloutis pour freiner la mise en place de réglementations en faveur de l’environnement.
« Chaque année, plus de 110 milliards d’emballages ménagers à usage unique sont mis sur le marché français. Chaque année, la France doit 1,5 milliard (brut) de pénalités à l’Union européenne pour n’avoir recyclé qu’un quart de ses emballages plastiques ». C’est ainsi que débute le rapport publié le 7 octobre dernier par l’association Zero Waste France (qui milite pour la réduction des déchets et une meilleure gestion des ressources).
Un rapport de force inégal
Après 6 mois d’enquête, l’association y documente le lobbying massif exercé par les industriels de l’emballage et du plastique pour contrer les réglementations environnementales comme la loi AGEC (relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire). Elle met également en évidence le déséquilibre des rapports de force entre les associations environnementales d’un côté et le lobby des industriels de l’autre. Tandis que les premiers disposent d’équipes réduites et de budgets contraints, les seconds bénéficient de moyens considérables, d’un réseau établi ainsi que d’un accès structuré aux décideurs publics.
Parmi ces lobbyistes se trouvent les syndicats professionnels du plastique (Polyvia, Plastalliance, Elipso), des eaux minérales (MENM), mais aussi un industriel du recyclage (Paprec) et un éco-organisme (Citeo) chargé par l’État d’organiser la gestion des emballages ménagers (mais dont le conseil d’administration est composé d’industriels comme L’Oréal, Nestlé, Danone et Heineken). Le rapport révèle ainsi que les acteurs industriels ont dépensé 24,3 millions d’euros en lobbying en 2025, contre 1,3 millions pour les ONG et la société civile.
Des stratégies pour freiner la réglementation
Pour freiner le cadre réglementaire, les industriels déploient une multitude de stratégies telles que la fourniture d’amendements parlementaires, l’animation de clubs parlementaires auxquels des sénateurs assistent, le cadrage sémantique (qui consiste à déployer des éléments de langage pour influencer le débat public : « juste emballage », « 100 % recyclable »…), la présence dans la gouvernance d’éco-organismes contribuant à orienter ses positions, des campagnes qui mettent l’accent sur la responsabilité individuelle du consommateur, des menaces juridiques préventives, etc.
Des stratégies efficaces puisque le lobbying des acteurs de la plasturgie en France a réussi à faire annuler à deux reprises par le Conseil d’État l’interdiction des emballages plastiques pour les fruits et légumes frais, puis l’interdiction des contenants plastiques dans les cantines scolaires en avril 2026.
« La taxe plastique inscrite au Projet de loi de finances (PLF) 2026 a été supprimée au Sénat en décembre 2025 par une coalition d’amendements dont les exposés des motifs reprennent quasi mot pour mot les positions déclarées par les acteurs de la plasturgie à la HATVP* » précise Bastien Faure, directeur de Zero Waste France.
Les requêtes de Zero Waste France
Ces reculs législatifs coûtent chers à la France, notamment en pénalités réglées à l’Union européenne. Et malgré les dispositions prévues par la loi AGEC, le taux de recyclage des emballages plastiques ménagers atteint seulement 27,7 %, loin de l’objectif européen de 50 %.
Face à ces constats, Zero Waste France demande au gouvernement de maintenir les ambitions de la loi AGEC, de confirmer la trajectoire de sortie des emballages plastiques à usage unique en 2040, de faire de la réduction à la source et du réemploi des priorités effectives.
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*Haute Autorité pour la transparence de la vie publique
