Les inégalités de genre et biais sexistes en médecine entraînent une minimisation des symptômes et des retards de diagnostics chez les femmes.
A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes – mais également du cinquantenaire de la loi Veil -, une enquête Ipsos pour la Fédération hospitalière de France (FHF) confirme l’incidence des biais sexistes sur la santé des femmes.
Des symptômes minimisés
D’après le sondage Ipsos, ces préjugés ont un double impact : en premier lieu, dans la relation avec le professionnel de santé. Trop souvent, les symptômes sont minimisés ou les douleurs minorées. Près de la moitié des femmes interrogées (51 %) estime en avoir été victime. Un tiers d’entre elles (34 %) a reçu des commentaires inappropriés et 42 % ont pu voir leurs symptômes attribués à des causes psychologiques ou hormonales. Les femmes de moins de 35 ans et celles souffrant de problèmes de santé mentale sont plus souvent victimes de ces biais sexistes.
En second lieu, ces préjugés ont une incidence dans la relation avec l’entourage des femmes, dont les proches ont également tendance à banaliser leurs problèmes de santé sous prétexte que leurs douleurs sont considérées comme normales pour une femme. Là encore, plus les femmes sont jeunes, plus elles sont confrontées à cette situation.
L’enquête rapporte l’une des conséquences majeures de la remise en question de la parole des femmes, à savoir leur tendance à s’autocensurer et donc sous-estimer leur niveau de douleur.
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Des médicaments non-adaptés
En outre, la recherche médicale n’est pas adaptée, puisque depuis toujours la médecine est pensée par et pour les hommes. Dans les essais cliniques, les animaux femelles et les femmes sont sous-représentés, souvent écartés au prétexte que leur cycle hormonal complexifie les résultats.
Ainsi, les médicaments sur le marché ne tiennent pas compte des différences liées au sexe alors que les effets secondaires ne s’expriment pas de la même façon chez les femmes : ils sont souvent décuplés et plus graves. Le magazine « 60 millions de consommateurs » retrace les résultats de nombreuses études sur le sujet.
Parmi les causes identifiées, les différences biologiques ont pour conséquence que les femmes mettent plus de temps à absorber et éliminer les médicaments (transit gastro-intestinal et débit sanguin plus lents, fonctions rénales, poids et masse hydrique plus faibles, masse de graisse corporelle plus élevée, activité enzymatique différente).
Des sous-diagnostics qui retardent la prise en charge
Enfin, les symptômes de certaines maladies ne se manifestent pas de la même façon chez les hommes et chez les femmes. C’est notamment le cas des maladies cardiovasculaires qui sont la première cause de mortalité féminine en France. Pathologie méconnue et sous-diagnostiquée, la prise en charge est alors retardée, ce qui coûte de nombreuses vies.
Plusieurs associations de consommateurs se positionnent pour une meilleure équité dans l’accès aux soins. De son côté, la FHF milite pour un renforcement du dépistage des pathologies gynécologiques et des symptômes spécifiques aux maladies cardiovasculaires des femmes. « Il nous apparaît nécessaire aujourd’hui de sensibiliser l’ensemble des professionnels de santé aux biais de genre et d’adapter les protocoles médicaux pour assurer une prise en charge équitable et efficace des patientes ».