Polémique autour du Linky : qu’en est-il vraiment ?

Un article du Parisien publié le 31 mai dernier a enflammé un débat déjà très électrique. Le journal affirme que le consommateur devra bel et bien rembourser le coût d’installation du compteur Linky, évalué à 130 € par compteur, « à travers notamment un mécanisme dit de “différé tarifaire” qui permet de décaler le remboursement de quelques années ». Or, le distributeur d’électricité Enedis a toujours insisté sur la gratuité de la fourniture et de la pose de Linky dans sa communication.

Rappelons que l’installation du compteur est effectivement gratuite pour le consommateur. Près de 32 millions de foyers sont déjà équipés de l’appareil communiquant. Mais son déploiement à l’échelle nationale a un coût, supporté à ce jour presqu’exclusivement par Enedis qui a investi 5,7 milliards d’euros, dont 10 % issus de ses fonds propres. Cela représente bien 130 € par compteur. La question aujourd’hui est de déterminer qui remboursera cette somme : le Parisien affirme que cela retombera sur les particuliers via leurs factures d’électricité, ce que les pouvoirs publics et Enedis démentent.

Pourtant, dès 2018, la future mise à contribution du consommateur était déjà envisagée. Le « différé tarifaire » devait permettre à Enedis de répercuter les coûts liés à l’installation de Linky sur les factures des utilisateurs à partir de 2021, date à laquelle le groupe doit commencer à réaliser des économies grâce à l’automatisation des tâches. Enedis assure en effet une mission de service public et se rémunère au travers d’un tarif d’utilisation des réseaux d’électricité (le Turpe), sur lequel elle répercute ses investissements. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) fixe ce tarif, qui représente un tiers de la facture d’électricité des ménages. Il est donc faux d’affirmer que Linky ne coûtera rien au consommateur. Toutefois, il ne paiera pas non plus l’intégralité de son déploiement. D’après la CRE, « les coûts liés au déploiement de Linky (qui ont précédé de quelques années les gains directs), seront répercutés dans les tarifs en même temps que les bénéfices ». Une opération censée lisser les coûts et donc neutraliser les hausses de factures. La question se pose toutefois de savoir si Enedis réalisera suffisamment d’économies pour compenser intégralement le poids de ses investissements. Selon les estimations de la CRE, « la baisse des charges constatée grâce à Linky s’élève à 1 milliard d’euros sur 4 ans », les économies réalisées devraient donc être supérieures à ce qui avait été initialement prévu pour Enedis.

De leur côté, les associations de consommateurs dénoncent un manque de transparence. « Ces chiffres correspondent à des hypothèses », dénonce Antoine Autier, responsable adjoint du service des études à l’UFC-Que choisir. « Quels sont les outils mis en place par la CRE pour affirmer que les économies sont bien liées au Linky et qu’on n’y ajoute pas des éléments extérieurs ? ». A cela s’ajoute un manque de visibilité à long terme. Aucun chiffrage n’a été réalisé au-delà de 2025. Difficile également d’anticiper d’éventuels problèmes affectant les gains d’Enedis par la suite, entraînant de facto une hausse des factures…

Enfin, comme le rappelle le magazine 60 millions de consommateurs : « si le coût du déploiement de Linky n’a pas d’impact sur les factures, cela ne veut pas dire que les clients ne subiront aucune hausse ». La CRE estime que les tarifs d’électricité augmenteront en moyenne de 0,4 % par an sur la période 2021-2024.

Partager