Alicaments : véritables bienfaits ou arguments marketing ?

Le terme « alicament » vient de la contraction d’aliment et de médicament. Une expression que se sont appropriés les professionnels du marketing et du commerce pour vanter les bénéfices santé de leurs produits alimentaires. Si certains aliments peuvent en effet participer à la prévention ou au traitement de certaines maladies, il est à rappeler que du point de vue de la médecine occidentale, aucun aliment ne peut se substituer à un médicament !

C’est ainsi que dans les rayons de nos supermarchés ont fleuris ces dernières années les aliments enrichis en oméga 3, en probiotique ou encore anticholestérol par exemple. Concernant les omégas 3, notre organisme n’est pas capable d’en produire mais ils lui sont pourtant indispensables. Nous avons tendance à en manquer, c’est pourquoi de nombreux produits s’en retrouvent enrichis par les industriels (beurre, huiles, produits laitiers, biscuits…). Mais il est possible d’augmenter nos apports via la consommation d’aliments naturellement riches en omégas 3 comme les poissons gras (saumon, sardines, maquereau…) ou encore l’utilisation d’huile végétale comme l’huile d’olive pour la cuisson ou l’huile de colza pour les assaisonnements. Quant aux produits anticholestérols, ils ont un effet assez limité. Rappelons d’ailleurs que ce n’est pas tant le cholestérol en lui-même qui est néfaste, mais son excès. Or, seul un médecin peut diagnostiquer un taux de cholestérol trop élevé et prescrire un traitement adapté. C’est pourquoi la consommation de ces produits doit se faire dans le cadre d’un suivi médical. Ils ne doivent pas être consommés par les enfants ou les femmes enceintes car ils peuvent réduire l’absorption de provitamine A, dont les besoins sont plus élevés chez eux. La réduction du cholestérol peut être favorisée par une alimentation riche en fruits et légumes, ainsi qu’en céréales complètes, riches en fibres.

Bien souvent, ces produits sont accompagnés d’allégations santé sur l’emballage ou dans la publicité. Or depuis 2006, l’Union européenne a adopté un règlement pour limiter les abus concernant les allégations nutritionnelles et de santé utilisées dans l’étiquetage et la publicité. Il s’agit de phrases du type « jus de fruit riche en vitamine C », « riche en calcium », « allégé en sucres », « bon pour le cœur », « le calcium est nécessaire à une ossature normale », etc. Ainsi, une liste des allégations nutritionnelles autorisées figure à l’annexe de ce règlement et ce sont les seules à pourvoir être utilisées par les opérateurs du secteur agro-alimentaire (principe de liste positive). La DGCCRF (Répression des fraudes) explique sur son site que « Tout opérateur désirant utiliser une allégation de santé qui ne figurerait pas dans les listes positives d’allégations de santé doit suivre les procédures d’autorisation prévues par le règlement (CE) n°1924/2006 en fonction du type d’allégation concerné ». Ce qui nécessite la constitution d’un dossier de demande d’autorisation préalable, soumis ensuite à l’Autorité compétente de l’État membre de son choix.

La DGCCRF réalise régulièrement des contrôles afin de vérifier le respect, par les professionnels, de la réglementation européenne relative aux allégations de santé. Lors de sa dernière enquête en 2019 auprès de 300 établissements portant sur la vente d’infusions, de thés, de chocolats, de céréales pour petit-déjeuner, de produits de la ruche… l’institution a relevé un taux d’anomalie de 44 %. Elle note toutefois de grands écarts entre les établissements physiques (taux d’anomalie de 38 %) et ceux vendant leurs produits sur Internet (69 %). De nombreux opérateurs ne connaissent pas la réglementation européenne relative aux allégations de santé. La DGCCRF a annoncé continuer ses enquêtes dans ce secteur, de manière encore plus ciblée « pour orienter les contrôles vers les opérateurs susceptibles de présenter le plus d’anomalies ».

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