Alors que le secteur du bio a connu des années noires, avec un recul de 5 % des ventes et la fermeture de plus de 500 points de vente en France en 2022 et 2023, les produits bios ont de nouveau la cote auprès des consommateurs. Toutefois, cette amélioration est précaire, les producteurs demeurant dans l’incertitude face au désengagement de l’État.
Ces dernières années se sont révélées difficiles pour le secteur de l’alimentation en agriculture biologique. Outre la baisse de fréquentation des enseignes spécialisées, les grandes surfaces ont diminué pour leur part le nombre de références bios dans leurs rayons de près de 25 % entre 2021 et 2024, selon un recensement de la société d’études Circana. « Tout le monde nous a lâchés, à commencer par l’exécutif. Et les acteurs de la distribution ont aggravé la crise en diminuant la place du bio dans leurs rayons », regrette Julien Bourgeois, président de FOREBio, organisation d’une trentaine de coopératives et de groupements de producteurs 100 % bio.
De nouvelles stratégies dans les franchises bios indépendantes
Christophe Barnouin, président d’Ecotone et administrateur de La Maison de la Bio, fédération rassemblant des producteurs, distributeurs et transformateurs spécialisés, estime néanmoins que ces mouvements ont permis de mieux ajuster l’offre. La diminution des références dans les rayons a concerné en premier lieu les déclinaisons bios de produits industriels connus des consommateurs, comme des céréales du petit déjeuner du groupe Nestlé ou des produits en conserve de grandes marques.
De leur côté, les franchises bios (Biocoop, Naturalia, La Vie Claire, Bio c’Bon…) ont élaboré des stratégies pour conserver leur clientèle, notamment en étoffant les gammes de produits de leurs propres marques distributeurs à petits prix, qui font office de produits d’appel. La plupart des enseignes revendiquent entre 200 et 300 références à bas prix. Un effort qui repose autant sur les enseignes qui rognent leurs marges que sur les producteurs qui ont dû se serrer la ceinture pendant cette période.
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Les consommateurs privilégient les enseignes spécialisées
Cette stratégie se révèle payante, puisque depuis 2024, les ventes repartent à la hausse… surtout dans les enseignes spécialisées dans lesquelles les consommateurs retournent volontiers. En revanche, les chiffres des grandes surfaces généralistes continuent de chuter. « La crise est derrière nous. Pour 2025, nous devrions atteindre une croissance de 7,5 % », se félicite Philippe Bernard, directeur des achats et de l’offre chez Biocoop, leader de la distribution spécialisée. Du côté de La Vie Claire, Christelle Le Hir, présidente du directoire, observe également cette reprise : « Après avoir fermé 75 magasins en trois ans, nous prévoyons maintenant une trentaine de réouvertures, surtout avec des ralliements de magasins indépendants existants. »
Les produits plébiscités par les clients de ces enseignes indépendantes sont les gammes de premiers prix, les fruits et légumes et la boulangerie.
L’Agence Bio en difficulté
Pourtant en parallèle, le budget de l’Agence Bio a été divisé par deux sous la pression des sénateurs républicains et sa suppression serait envisagée dans les travaux de réflexion du Gouvernement sur la simplification de l’action publique.
Les récentes mobilisations contre la loi Duplomb, les manifestations agricoles et enquêtes journalistiques semblent avoir contribué à ce regain de consommation. « Le gouvernement se désengage, donc le consommateur s’engage », résume Bernard Ollié, panéliste spécialiste du secteur bio.
