Selon deux récentes études de l’Inserm, publiées dans BMJ et Nature Communications, certains conservateurs alimentaires (sulfites, nitrites, sorbates) augmenteraient les risques de cancer et de diabète.
Les conservateurs alimentaires sont des additifs qui permettent de prolonger la durée de vie des aliments. Ils sont présents dans de nombreux produits transformés tels que les charcuteries industrielles, certaines boissons alcoolisées, certaines pâtisseries industrielles ou certains plats tout prêts.
Des études inédites sur les conservateurs alimentaires
Des chercheurs et chercheuses de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), d’INRAE, de l’Université Sorbonne Paris Nord, de l’Université Paris Cité et du Cnam, au sein de l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Cress-Eren) ont étudié les habitudes de consommation, de vie, les antécédents médicaux et l’état de santé de 100 000 adultes et ont observé « des augmentations de risque » de cancer et de diabète pour ceux « les plus fortement exposés par rapport à ceux qui ne consommaient pas ces additifs ».
Les résultats de ces études doivent être interprétés avec prudence, au regard de l’ampleur modérée des risques observés. Néanmoins, ces travaux sont d’une robustesse inédite. « C’est la première fois qu’on arrive à quantifier les milligrammes par jour qu’on consomme de tous ces additifs conservateurs et donc c’est la première fois qu’on arrive à explorer le lien qui peut exister avec le risque de cancer et de diabète », souligne sur France Inter Mathilde Touvier, épidémiologiste et directrice de recherche Inserm qui a supervisé les deux études.
Contexte politique compliqué
Ces publications s’inscrivent dans un contexte où les risques sanitaires de nombreux aliments industriels sont de mieux en mieux documentés, mais où leur régulation fait encore l’objet de divergences politiques. En effet, en France, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (une feuille de route destinée à permettre à tous les Français de manger de manière saine et durable à l’horizon 2030) – qui était attendue depuis plus de deux ans et devait être dévoilée en novembre dernier – a été repoussée à nouveau.
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Cadre réglementaire à revoir
L’association la plus forte concerne le nitrite de sodium (E250) et le cancer de la prostate, dont le risque est augmenté d’environ un tiers. La consommation régulière de sorbate de potassium (E202) est associée quant à elle à une fréquence deux fois plus élevée de diabète. Toutefois, malgré la solidité de leur méthodologie, ces travaux ne permettent pas de conclure à un lien de causalité direct entre ces problèmes de santé et la consommation des additifs concernés. Dans le cas des sulfites, par exemple, ils sont principalement présents dans des boissons alcoolisées ; or l’alcool présente à lui seul des facteurs de risques.
Pour Mathilde Touvier : « il faut que soit réévaluée la sécurité de ces additifs à l’aune de ces nouvelles recherches et celles que d’autres collègues conduisent sur le microbiote intestinal ou d’autres problèmes de santé ». En Europe, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) est en charge de l’évaluation des risques. « Une réponse réglementaire pourrait être l’interdiction ou l’abaissement des doses maximales autorisées », précise l’épidémiologiste.
