La mode des vêtements consignés

De nombreuses marques se lancent dans la vente de vêtements consignés afin de lutter contre le gaspillage des matières premières dans la mode.

Après la bouteille en verre, allons-nous rapporter notre jean contre restitution de la consigne ? C’est le modèle choisi par plusieurs start-up qui proposent des vêtements consignés permettant au consommateur, moyennant un prix un peu plus élevé, de s’assurer de la bonne prise en charge de ses vêtements usagés.

Une industrie textile polluante

L’industrie textile génère énormément de gaspillage. D’après les chiffres de l’Ademe (l’Agence de la transition écologique), 100 milliards de vêtements sont vendus chaque année dans le monde. Le textile est le troisième poste de consommation d’eau dans le monde, après la culture de blé et de riz. L’industrie de la mode est également le deuxième secteur le plus polluant de la planète après le pétrole, avec 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre émis chaque année.
La fast-fashion, qui désigne un mode de consommation rapide des vêtements, incite à acheter toujours plus, avec un renouvellement permanent des collections en magasin. Selon le rapport 2020 de l’ONG Greenpeace, les Français achètent chaque année près de 10 kg de vêtements. La plupart d’entre eux sont peu portés (une dizaine de fois) avant d’être, au mieux, revendus sur le marché de l’occasion, au pire, jetés dans la poubelle des ordures ménagères.

La consigne pour un vêtement « infini »

Le vêtement consigné représente une des solutions alternatives pour lutter contre le gaspillage vestimentaire et s’inscrit dans une démarche d’économie circulaire. Plusieurs marques se sont positionnées sur ce créneau. Parmi elles, la marque française « 1083 », créée en 2013, qui s’est lancé le défi de « relocaliser à moins de 1083 km de chez vous la fabrication de jeans et de chaussures », un chiffre correspondant à la distance qui sépare les deux villes les plus éloignées de l’Hexagone. La marque a notamment créé le concept d’un jean « infini » entièrement en polyester (une fibre réutilisable à l’infini) et consigné. Pour son fondateur, Thomas Huriez, « c’est ça l’économie circulaire idéale : concevoir et fabriquer un produit de telle sorte à ce qu’en fin de vie, il soit la matière première du même produit neuf ! Une boucle vertueuse dans laquelle on transforme les déchets en ressources ». Ainsi, en plus d’un procédé de fabrication plus écoresponsable, la marque veille à relocaliser la conception et la distribution sur notre territoire.
Depuis sa création, 1083 s’est associé à d’autres marques, dont « Le Slip Français », pour concevoir un short de bain 100 % éco-conçu à partir de déchets de mer et bouteilles plastiques recyclées et dont tous les éléments sont recyclables. Il n’existe qu’en modèle homme pour le moment.
Les produits ont toutefois un prix non négligeable, puisqu’il en coûtera de 119 € à 129 € le jean, auquel s’ajoute la consigne de 20 €, et 135 € le short de bain (dont 10 € de consigne).
De son côté, la marque Atelier Unes, marque française de conception de vêtements écoresponsables, a lancé en septembre 2020 une campagne de financement pour des collants consignés. Les bas en nylon sont en effet des produits très vite jetés et très rarement recyclés. Une campagne qui a rencontré un beau succès avec près de 5 500 commandes passées en trois semaines. La paire coûte 23 €, dont 2 € de consigne qui sont remboursés une fois les collants usagés renvoyés à la boutique en ligne. En plus d’être recyclés et recyclables, la marque assure qu’ils sont renforcés, afin d’être plus solides et plus durables.
Aux États-Unis, la marque new-yorkaise Thousand Fell propose quant à elle des baskets blanches recyclables. Quand vous retournez votre paire usagée, 20 $ (environ 16 €) vous sont remis pour l’achat d’une prochaine paire. Mais là encore, le coût initial n’est pas négligeable : 120 $ la paire (environ 100 €). « Avec la consigne, la main-d’œuvre nécessaire est beaucoup plus importante, et le choix des matières utilisées nécessite davantage de recherches et d’innovation », commente Isabelle Robert, maîtresse de conférences à l’École universitaire de management de Lille (IAE). « Les marques qui décident de s’engager dans cette voie le font car cela correspond à une philosophie. »

Si les consommateurs restent pour l’instant attachés à la propriété, le modèle de la consigne dans la mode pourrait se développer et devenir une alternative à la fast-fashion, au même titre que l’achat de seconde main ou la location, qui en sont d’autres.


POUR ALLER PLUS LOIN
Comment lutter contre le gaspillage vestimentaire ?

Comme le disait Coco Chanel : « la mode se démode, le style jamais ». La première façon de lutter contre le gaspillage est de se procurer des vêtements de qualité et intemporels. Ils dureront plus longtemps et lasseront certainement moins. Acheter auprès de marques françaises permet de soutenir l’artisanat local et de contribuer à maintenir les emplois et le savoir-faire de notre pays. Néanmoins, le prix peut être un frein pour de nombreux consommateurs. L’achat de seconde main, notamment dans les friperies, offre la possibilité de trouver des pièces de bonne qualité à moindres frais. L’entreprise d’insertion alsacienne Le Relais Est collecte, tri et revend dans ses boutiques solidaires des vêtements et des accessoires tout en créant des emplois pour des personnes en situation d’exclusion.
Ne pas hésiter aussi à raccommoder ses vêtements abîmés pour les faire durer. Il existe de nombreux ateliers de couture si vous ne souhaitez pas ou ne savez pas repriser vous-mêmes vos vêtements.
Enfin, pour les articles qui ne vous plaisent plus, vous pouvez les revendre ou en faire don. Quant aux pièces trop abîmées, privilégiez quand même les bornes du Relais Est, qui recycle les textiles ne pouvant être valorisés. Autant de solutions pour ne plus jeter ses vêtements à la poubelle !

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