Depuis le 4 mai 2026, tous les étudiants peuvent bénéficier d’un repas à 1 € dans les points de restauration du Crous. Une mesure auparavant réservée aux boursiers et aux étudiants en situation de précarité, désormais généralisée. Mais ce qui semble être un dispositif social juste inquiète les syndicats qui craignent au contraire une hausse de la précarité.
Il s’agit d’une mesure phare, qui vise à soutenir le pouvoir d’achat des étudiants. Le repas à 1 euro, auparavant réservé aux 700 000 étudiants boursiers et précaires, est étendu à l’ensemble des étudiants, détenteurs d’un compte Izly*, d’une carte étudiante ou d’une carte d’étudiant des métiers (apprentis et alternants) ainsi qu’aux doctorants et personnes en service civique. Ces repas sont composés d’un plat principal et de deux accompagnements au choix (entrée, fromage, dessert ou fruit).
En Alsace, les restaurants et cafétérias de Strasbourg, d’Illkirch-Graffenstaden, de Mulhouse et de Colmar sont concernés. Chaque jeune ne peut prendre qu’un seul repas par service à ce tarif pour « permettre à un maximum d’étudiants de bénéficier de la mesure », selon le Crous de Strasbourg.
Pas assez de repas pour tout le monde au Crous
Bien qu’attendue de longue date, cette mesure suscite beaucoup d’inquiétudes du côté des syndicats pour qui le manque de budget et de préparation risque de nuire au dispositif. Ilan Amiard, représentant national FAGE (Fédération des Associations Générales Étudiantes) auprès du Centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous), craint en effet que l’afflux d’étudiants provoqué par la mesure ne soit ingérable.
En effet, 50 millions d’euros sont alloués à la mesure pour 2026, dont 70 % pour compenser le manque à gagner (le coût réel d’un repas est de l’ordre de 8 à 9 euros), le reste pour recruter quelque 200 agents et investir dans le matériel de restauration. Or, répartie sur les 8 000 points de restauration, cette somme ne couvrira certainement pas les besoins, plutôt estimés à 90 millions par l’Union nationale des syndicats CGT des Crous. Un manque de moyens qui fait craindre une baisse de la qualité mais aussi de la quantité de repas disponibles. « Nous n’aurons pas à manger pour tout le monde » prédit un membre de la CGT au journal l’Humanité.
L’achat d’équipements ne palliera pas le manque de places disponibles dans les Crous, dont les espaces sont saturés, tandis que les annonces sur les embauches (204 postes) sont loin de couvrir le besoin de personnel supplémentaire permettant de faire face à la hausse de la demande à venir.
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Un secteur sous tension
Par ailleurs, à ce jour, tous les recrutements n’ont pas eu lieu et la plupart des nouvelles recrues arriveront au compte-gouttes jusqu’au mois de septembre, moment d’affluence maximale. À noter que ce secteur d’activité est particulièrement en tension, avec de bas salaires et des cadences de travail difficiles qui pourraient s’amplifier.
Bien que la mesure réponde à une réalité sociale (23 % des étudiants ont renoncé à se nourrir faute de moyens financiers selon une enquête sur la précarité étudiante menée par l’Union étudiante) et qu’elle soit jugée « essentielle » par l’ensemble des syndicats, les moyens alloués sont loin d’être à la hauteur des enjeux.
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*Izly est une application permettant de payer les prestations et services du Crous, nécessaire pour accéder aux repas à tarif social.
