Des cadres du secteur de l’agroalimentaire et de la grande distribution dénoncent la pression sur les prix qui dégrade la qualité de l’offre alimentaire et bloque la transition écologique.
La grande distribution est actuellement dans le viseur. Elle est pointée du doigt d’une part par une commission d’enquête sénatoriale qui l’accuse de fragiliser les filières alimentaires françaises, d’autre part par une association de consommateurs qui dénonce les pratiques des marges excessives sur les fruits et légumes bio.
À cela s’ajoute un nouveau rapport qui est paru le 2 juin 2026 et dont le média indépendant Reporterre se fait l’écho. Il est publié par l’organisation Inside Track, une ONG qui repose sur des collectifs d' »insiders »* anonymes souhaitant « faire évoluer leur secteur ».
* Personne initiée, ayant une connaissance spécifique ou privilégiée dans un domaine en raison de sa position dans l’entreprise
Dissonance cognitive en interne
En ce qui concerne la France, c’est la première campagne dans laquelle des cadres dirigeants en poste dans l’agroalimentaire et dans la grande distribution expliquent sous couvert d’anonymat ressentir une « dissonance cognitive » entre leur travail et leurs valeurs, dénonçant les pratiques de leurs employeurs. « Globalement la distribution se gave au détriment des consommateurs (…), aucune enseigne n’est rattrapable. Il n’y a qu’une seule solution : que l’État nous régule et augmente les contrôles », confie l’un d’entre eux.
En outre, les enseignes sont accusées de rendre les produits alimentaires sains volontairement moins visibles, moins compétitifs et moins désirables. Elles baisseraient leurs marges sur les produits de grandes marques emblématiques au détriment des produits bio ou de qualité (ce que l’on appelle la péréquation de marge).
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Un frein à la transition écologique
Ces lanceurs d’alerte dénoncent une guerre des prix qui nuit à toute stratégie de transition écologique : « Dès qu’un acteur essaie de sortir du cadre imposé par le prix bas pour investir sérieusement dans la transition écologique et sociale, il se retrouve en difficulté face à ceux qui continuent à jouer la vieille partition du volume, du prix d’appel et de la compression des coûts », selon le rapport d’Inside Track.
L’ONG en appelle à la responsabilité de l’État et demande une limitation de la publicité pour les produits problématiques pour la santé, une obligation de transparence et la fin de la péréquation de marge telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, voire la vente de paniers de références de qualité à prix coûtant ou encore une TVA différenciée en fonction de l’impact des produits sur la santé et l’environnement.
