Dans une récente étude, le Crédoc analyse l’émergence de l’intelligence artificielle émotionnelle en France, révélant que près d’un quart des moins de 40 ans l’utilise comme soutien psychologique ou partenaire affectif. Un usage qui ne dissipe pourtant pas le sentiment de solitude et qui engendre des risques liés à l’exploitation commerciale des données personnelles.
Le Crédoc (Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie) s’est intéressé à la question de l’IA relationnelle dans sa dernière étude « L’IA émotionnelle, un ami qui vous veut du bien ? » et révèle que près d’un quart des moins de 40 ans y a recours comme soutien psychologique ou partenaire affectif.
Les IA génératives reposent sur le langage naturel et empathique, donnant l’impression d’une présence humaine. Ce sentiment entraîne plusieurs mécanismes psychologiques d’attachement tels que l’anthropomorphisme (le fait d’attribuer des émotions et des intentions aux entités qui imitent le comportement humain), la projection affective (l’utilisateur projetant ses propres besoins et désirs sur une figure idéale, toujours disponible et sans contradictions) et la sécurité émotionnelle (contrairement aux humains qui sont imprévisibles).
En outre, les utilisateurs apprécient de pouvoir se confier sans jugement, à tout moment (même au milieu de la nuit) tout en personnalisant l’entité à laquelle ils s’adressent (voix, trait de caractère…). L’IA devient ainsi un palliatif au sentiment de solitude et au mal-être.
L’IA émotionnelle ne pallie pas le sentiment de solitude
Pourtant, l’étude du Crédoc souligne que le recours aux IA ne comble pas vraiment ce mal-être : 40 % des utilisateurs d’IA relationnelle déclarent se sentir « toujours ou souvent seuls » contre 18 % du reste de la population. La santé mentale demeure un enjeu majeur à l’heure où Santé publique France dénombre 15,6 % de la population ayant souffert d’un épisode dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois en 2024, avec une tendance en hausse en particulier chez les jeunes femmes.
En outre, l’intelligence artificielle ne peut pas remplacer un réel suivi psychologique. À l’heure actuelle, ces outils sont utilisés comme un palliatif face aux carences du système de soins (déserts médicaux, rupture des parcours de soins…) mais ont une efficacité limitée sur le mal-être profond. En effet, l’IA ne possède pas de compétences cliniques pour gérer des crises graves. Par ailleurs, elle engendre un risque de conflit d’intérêts car, contrairement au psychiatre qui est soumis à une déontologie médicale, l’IA repose sur des structures mercantiles qui exploitent les confidences intimes à des fins commerciales.
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Exploitation commerciale de l’intimité
Après « l’économie de l’attention » (qui considère l’attention du consommateur comme une ressource rare qu’il faut capter pour générer une activité économique), l’étude met en lumière une « économie de l’attachement ». Au-delà de capter notre temps d’attention, les entreprises du numérique visent à créer des outils qui deviennent de véritables compagnons de vie des individus en s’appuyant sur le lien affectif pour les orienter vers des produits ou services. Ce phénomène se traduit notamment par du ciblage publicitaire ultra-personnalisé.
Un tel usage des IA n’est pas sans conséquence sur les liens sociaux réels. En effet, prendre l’habitude d’interagir avec une entité toujours disponible, réactive et à l’écoute engendre le risque de transformer les attentes sociales des utilisateurs. Ces derniers pourraient ne pas savoir gérer correctement la contradiction ou les délais de réponse, ou encore ressentir de la déception face aux humains.
Quelles recommandations ?
Le CRÉDOC indique que la montée de l’IA émotionnelle nécessite une intervention de la puissance publique pour encadrer ces nouveaux usages, notamment le design des outils en limitant par exemple leur personnalisation, leur expression de sincérité (telle que « je vais te parler franchement ») ainsi que tous les mécanismes de flatterie. Enfin l’organisme préconise la protection des individus contre l’exploitation commerciale de leurs données intimes et confidences.
