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L’installation d’Amazon en Alsace inquiète

Amazon a prévu d’ouvrir un centre de distribution à Ensisheim (Haut-Rhin) d’ici fin 2027 et annonce la création de 2 000 emplois. Toutefois, l’entreprise est connue pour déployer une stratégie de précarisation du travail, aujourd’hui largement documentée.

En 2023, le géant du e-commerce Amazon s’est installé à Augny, près de Metz, affichant alors la promesse de la création de 4 000 emplois sur un territoire où le taux de chômage atteignait quasiment les 8 %. Trois ans plus tard, l’objectif est atteint, mais sur FranceInfo Grand Est, on invite à la prudence face aux effets d’annonce en raison du passif d’Amazon dont les pratiques sociales sont loin d’être vertueuses.

Des CDI en situation précaire

En effet, selon FranceInfo, un rapport paru en 2023 dénombrait 1 132 accidents du travail sur les huit sites français ainsi qu’au siège, un taux d’absentéisme de 15,9 % et une difficulté « à stabiliser les effectifs » dans les entrepôts, neuf salariés sur dix ayant moins de 5 ans d’ancienneté. Si Patrick Labarre, président d’Amazon France Logistique, défend la multinationale en s’appuyant sur une étude Ifop qui révèle que « 75% de nos salariés se disent très satisfaits de leur situation professionnelle, et 8 salariés sur 10 recommandent Amazon à leurs proches », il semblerait que la réalité sur le terrain soit plus nuancée.

L’un des premiers salariés du centre de distribution Amazon à Augny, Ali Osman Turan, aujourd’hui délégué syndical CGT, estime que les CDI camouflent une stratégie de précarisation bien rodée. « On vous donne un CDI avec une période d’essai, ou un contrat de trois mois pour commencer. Sauf qu’au moment du renouvellement, pour ceux qui restent, on découvre qu’il y a un avenant au contrat initial ». Les entrepôts fonctionnent 24 heures sur 24, ce qui signifie que les salariés sont répartis entre créneaux de nuit et de jour. Or, selon Ali Osman Turan, ces avenants permettent à l’employeur d’imposer indirectement des horaires à chacun, sans tenir compte des disponibilités. « Il n’y a rien d’obligé, mais en gros, si on refuse, on est rapidement blacklisté. Donc tout le monde vit dans l’angoisse. Et c’est précisément ce qui est recherché : ils veulent absolument faire partir ceux qui sont là depuis longtemps ».

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Amazon adepte du taylorisme ?

Carlotta Benvegnu, sociologue du travail et spécialiste de la logistique à l’Université d’Evry, explique sur FranceInfo l’une des raisons pour lesquelles Amazon favorise ce turn-over des salariés : « Les entreprises ont intérêt à garder les mêmes employés quand le coût de la formation est important, mais dans le secteur de la logistique aujourd’hui, il n’y a aucune barrière à l’entrée : en une journée, on apprend à maîtriser ses tâches, explique-t-elle. Qui plus est, on sait que le travail a tendance à abîmer les corps, on a plutôt intérêt à beaucoup faire tourner, d’où l’intérêt de s’implanter dans des zones désindustrialisées où le chômage est important et le bassin de main-d’œuvre non qualifiée assez dense ».

Elle ajoute par ailleurs que les méthodes d’Amazon s’apparentent à du « taylorisme déguisé », à savoir une méthode de production qui repose sur une division du travail en tâches répétitives avec une surveillance accrue des managers, à qui des primes sont promises si leurs équipes obtiennent de meilleurs résultats…

En ce qui concerne le site de Ensisheim, Amazon promet un entrepôt au niveau de robotisation « inédit », reléguant les tâches répétitives et usantes aux machines. Or, la double promesse de créer de l’emploi tout en effaçant la pénibilité du travail grâce à la robotisation ne correspond en rien à la réalité selon la sociologue.

Enfin, Ali Osman Turan assure que le site d’Augny comptabilise en ce moment 900 arrêts de travail. Une information démentie par la multinationale, qui refuse néanmoins de donner le chiffre exact.

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