C’est la double peine pour des victimes d’arnaque au carré : après avoir été escroquées une première fois, elles sont contactées par d’autres escrocs prétendant pouvoir récupérer l’argent perdu. Comment repérer les signaux et réagir ?
La fraude consiste généralement dans un premier temps à piéger des victimes avec la promesse de faux placements financiers. Elles voient fructifier leurs apports, ce qui les encouragent à investir davantage. Mais au moment de récupérer leurs gains, elles sont invitées à verser plusieurs milliers (voire centaines de milliers) d’euros.
À la suite de cette première arnaque, les victimes sont contactées par un interlocuteur qui se présente comme avocat, enquêteur, agent d’une autorité de contrôle ou encore spécialiste du recouvrement. Ce dernier affirme pouvoir les aider à récupérer les fonds perdus, moyennant des frais de dossier, une avance sur honoraires ou une quelconque taxe. Or, là aussi, l’argent est dépensé en pure perte et la victime se trouve doublement lésée ; d’où le nom d’ »arnaque au carré ».
Des réseaux criminels qui coopèrent entre eux
Les escrocs n’attaquent pas au hasard : ils repèrent les victimes grâce à des fichiers revendus entre réseaux criminels. Dans ce système bien rôdé, des développeurs web créent de fausses plateformes d’investissement et font équipe avec de faux conseillers financiers, avocats, experts en cybersécurité ou policiers qui prennent le relais une fois la victime dépouillée une première fois.
« C’est extrêmement compliqué de remonter les enquêtes jusqu’aux donneurs d’ordres. C’est quand même des réseaux extrêmement puissants, structurés, qui récupèrent beaucoup d’argent et qui peuvent donc s’organiser, souvent dans plusieurs pays », précise Jean-Philippe Lecouffe, directeur exécutif adjoint de l’agence Europol qui traque ces réseaux.
Des milliers de victimes chaque année
Selon un sondage BVA Xsight réalisé pour l’Autorité des marchés financiers (AMF), deux tiers des victimes d’arnaques financières sont contactées une seconde fois après avoir été escroquées et plusieurs milliers de cas sont signalés chaque année, preuve d’un phénomène loin d’être isolé mais qui relève d’une mécanique industrialisée.
Par ailleurs, l’arnaque fonctionne particulièrement bien car elle repose sur un biais psychologique puissant : le déni de la perte. Il est trop douloureux de reconnaître que l’on a été berné et la perspective de retrouver son argent permet d’effacer cette erreur avec l’espoir que tout n’est pas perdu…
Et plus la victime se sent honteuse, moins elle en parle à son entourage et plus elle se trouve isolée et donc vulnérable lors de la seconde attaque. D’autant que les escrocs étant de mèches, celui qui procède au second contact connaît toutes les informations liées à la première arnaque (date, montant, nom de la fausse plateforme d’investissement…), ce qui met la victime en confiance.
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Comment éviter le piège de l’arnaque au carré ?
Pour éviter de tomber dans le premier piège, il convient tout d’abord de vérifier si la plateforme d’investissement figure sur la liste noire de l’AMF et de s’assurer de l’identité de la personne qui conseille d’investir. « Le mieux est vraiment de vérifier auprès du vrai organisme. Appelez l’Autorité des marchés financiers (AMF), appelez la banque, appelez le cabinet d’avocats. Vérifiez si cette personne travaille effectivement chez eux ou pas », conseille Anne Delannoy, responsable de la surveillance des offres financières et des alertes.
Ensuite, garder à l’esprit que l’AMF ne démarche jamais les particuliers pour leur proposer de recouvrer leur l’argent et qu’aucun professionnel sérieux ne demandera le paiement en avance d’une somme pour récupérer des fonds volés. Idem, l’interlocuteur qui se montre pressant ou exige la confidentialité doit alerter.
D’une manière générale, un appel, SMS ou mail qui arrive de nulle part doit susciter la méfiance et ne jamais communiquer de données bancaires ou de pièce d’identité à un interlocuteur non vérifié est une règle d’or.
Enfin, l’AMF publie et met à jour régulièrement une liste noire des acteurs non autorisés à proposer des placements en France.
En cas de suspicion d’une arnaque au carré :
- Conserver les preuves (mails, SMS, noms cités, documents transmis…) ;
- Faire un signalement sur SignalConso ou auprès d’Info-Escroqueries au 0 805 805 817 (appel gratuit, du lundi au vendredi de 9h00 à 18h30) ;
- Contacter France victimes pour avoir une écoute et un accompagnement humain au 116 006 ;
- Déposer plainte (si elle ne garantit pas de récupérer les sommes perdues, elle permet d’alimenter les enquêtes et d’aider à démanteler les réseaux).
